Critiques des spectacles de la saison 2006-2007 à l’Opéra de Toulon
«
ERCOLE AMANTE » de Cavalli

A l’OPERA DE TOULON
Une belle occasion perdue pour le public qui n’est pas venu….
Une représentation très intéressante fruit d’un
travail remarquable de Gabriel Garrido et des jeunes musiciens et chanteurs
stagiaires de l’académie baroque d’Ambronay.
Le public n’a pas suivi Dommage !
.
Que faudrait il faire pour convaincre les toulonnais de sortir de la routine culturelle et d’échapper au provincialisme artistique ?
Quels poids entravent ce public ?est ce l’absence de curiosité artistique ou le manque d’informations ou de formation ? On ne sait….toujours est il que la timidité, la frilosité caractérisent depuis toujours une grande majorité des lyricomanes toulonnais..?
Quand c’est nouveau on ne vient pas….même
si ce nouveau est de la musique ancienne…
Ainsi la salle de l’Opéra de Toulon était, hélas « bien
clairsemée » pour accueillir ce remarquable spectacle que son
directeur Claude Henri Bonnet avait eu le bon goût de « capter » au
passage.
Il se démène Claude Henri mais fait songer parfois à ces
voix qui prêchent dans le désert…Les vrais mélomanes
le soutiennent mais les « traditionalistes » - ils sont nombreux
!- critiquent sans vergogne le seul directeur que cette salle ait connu voulant
faire autre chose que de la routine démagogique…
C’est justement pour ce courage et cet esprit d’innovation que
nous l’aimons et que nous le soutenons…Mais revenons à cet « Hercule
Amoureux » sujet de tant de mal entendus….
Et d’abord il faut s’entendre sur les mots : il s’agissait, selon nous, bel et bien d’une « représentation » et non pas d’une « version de concert ». Je dis ça parce qu’il parait qu’il y a eu des clients outrés qui ont exigé le remboursement….pauvre ville de Toulon…tombée aux mains des béotiens galonnés, prétentieux et incultes…
Pourtant que de qualités dans cette soirée
unique !
L’élégance de la restitution musicale, la justesse des
instrumentistes dont une partie était sur scène. Les belles voix
des protagonistes principaux.
Tous jeunes tous crédibles. Et tout d’abord l’œuvre
en elle-même : Cavalli pour les cérémonies du mariage du
jeune Louis de France (futur Roi Soleil !) avec l’Infante d’Espagne,
compose Ercole Amante, qui sera créée finalement après
la reprise de son Serse. Les machineries du théâtre construit
pour l’occasion du mariage n’étant pas prêtes à la
date convenue.
Serse est réadapté à la hâte, avec un prologue à la
gloire du Souverain, et des ballets intercalaires de Lulli.
Pour Ercole Amante, créé finalement deux ans plus tard, le 7
février 1662, Cavalli collabore à nouveau avec Lulli qui conçoit
les ballets, là encore rien de plus naturel pour Cavalli, personnalité européenne
: il s’agit d’adapter son opéra, au goût local, en
particulier répondre à l’attente du public français,
féru de danses et de ballets. D'autant que la Roi et la Reine, machine
spectaculaire et politique obligent, y participent, jouant leur propre rôle….
Du travail de Pierre Kuenz, malheureusement nous n’avons pas vu grand-chose
! (par contre je suis allé écouter sur son Blog quelques bonnes
intentions artistiques.) Sympa !
Au fait pourquoi les danseurs étaient ils absents…sur la musique
de Lulli qui apparaissait un peu guindée ? Cela faisait penser au film « Amadeus » quand
les musiciens jouent seuls, sans les danseurs à cause de la censure
de l’Empereur…Un seul danseur (excellent au demeurant !) était
chargé de nous donner l’impression des fastes chorégraphiques
de ces temps….Encore un mystère toulonnais….
Les voix étaient jeunes, fraîches avec des dictions italiennes
de qualités variables mais avec un solide engagement esthétique.
On sent que tous avaient longuement travaillés cette partition joyaux
de la bibliothécaire Marciana de Venise…Et tous ils doivent être
cités :Pierre Kuentz pour la mise en scène (absente à Toulon..)-
chorégraphie Ana Yepes - costumes David Messinger - lumières
Adèle Grepinet - avec (distribution du 3 octobre à Toulon) Ismaël
Gonzales, basse (Hercule), Iulia Elena Surdu, soprano (Iole), Emmanuelle De
Negri, soprano (Aura 1, Clerica), David Hernandez Anfrus, ténor (Hyllus),
Jarta Levicova, mezzo-soprano (Déjanire), Ricardo Ceitlil, contre-ténor
(Le page), Adrian George Popescu, contre-ténor (Lychas), Ingeborg Oatheim,
soprano (Cinthia, Belleza, Vénus française), Théophile
Alexandre, contre-ténor (Aura 2), Lior Leibovici, ténor (Ruscello),
Lauren Arrnishaw, soprano (Vénus), Anne-Emmanuelle Oavy, soprano (Première
Grâce), Virginie Thomas, soprano (Deuxième Grâce), Stépharnie
Leclercq, mezzo-soprano (Troisième Grâce), Maria Hinojosa, soprano
(Junon), Juliette Perret, soprano (Pasitea), Raphaël Pichon, contre-ténor
(Bussiride), Vincent Vantyghem, basse (Eutyros),Victor Duclos (danseur)
Parmi ces jeunes gens, au talent prometteur nous remarquions particulièrement
Ingeborg Oatheim, Lauren Armishaw et la très belle Maria Hinojosa en
Junon.
L’Hyllus moyen mais sincère de David Hernandez Anfrus, l'Iole
ravissante d' Iulia Elena Surdu s'avère remarquable de finesse et de
qualité de diction.
La basse Ismaël Gonzalez libéra progressivement sa voix ample et
bien conduite pour donner un Hercule de belle tenue et de noble prestance.
Jana Levicova en Déjanire s'impose comme une très belle voix
charnue et généreuse
La direction de Gabriel Garrido est apparue élégante et précise
parfois un peu heurtée mais c’etait pour la bonne cause. C’est
pour défendre les élans de cette musique succulente qui résonnait
sur instruments d’époque pour la première fois dans le
bel opéra de Toulon quasi désert…Et Puis Garrido est le
maître d’œuvre musical de cette restitution artistique ! C’est
véritablement l’âme de cette soirée…et de tout
le travail que l’on sent derrière ! Il apparaissait d’ailleurs
bien touché par l’ovation du public présent, lors du salut
final !
Pour nous et quelques amis de la musique baroque cette soirée fut un
enchantement ; pour la bonne ville de Toulon ce fut encore une occasion manquée…Dans
la suite de la programmation de la saison il y a « Pelleas et Mélisande »….ça
promet….
Guy Verdier