La Roque d’Anthéron Mendelssohn en majesté

Le romantisme flamboyant de Mendelssohn 

par Lars Vogt

Le concert du  23 juillet à la Roque d’Anthéron est un événement musical tant par la qualité de l’artiste invité que par le choix du programme.

Artiste polyvalent Lars Vogt, 2°prix du Concours international de piano de Leeds, est l’un des musiciens allemands  majeurs de sa génération. Après avoir dirigé le Royal Northern Sinfonia pendant cinq ans – dont il reste partenaire artistique principal – il est directeur musical de l’Orchestre de chambre de Paris depuis 2020.

C’est le pianiste spécialiste incontesté de la musique concertante  de virtuosité romantique de Chopin, Schumann et surtout Mendelssohn dont il vient d’enregistrer les deux concerti dirigeant lui-même l’orchestre. Il possède un son ample et généreux, une virtuosité à toute épreuve et une musicalité d’une profonde intériorité. Invité de prestige  à la Roque d’Anthéron cette année, Opéravenir se devait de ne pas manquer cette opportunité rare et précieuse, d’autant qu’il a choisi un programme illustrant toutes les facettes du grand compositeur allemand Mendelssohn.

La Grotte de Fingal

Les Hébrides ou la Grotte de Fingal, opus 26 (initialement intitulée L’Île solitaire) fut composée par Felix Mendelssohn au cours de l’hiver 1830-1831. Le thème de cette pièce symphonique, évoque le souvenir d’une excursion que le compositeur avait faite à l’île de Staffa, où se trouve la célèbre grotte de Fingal. L’œuvre fut remaniée à Paris en 1832 et prit alors son titre définitif.

Les idées musicales de ce morceau nous font partager la mélancolie des paysages écossais et des lieux qui inspirèrent les poèmes de Macpherson, ainsi que les récits de Walter Scott.

Cependant, cette œuvre n’a rien d’une musique descriptive. Selon les musicologues elle relève d’une vision impressionniste avant la lettre et constitue comme « le premier grand tableau marin de la musique romantique ». Debussy adorait cette partition qu’il considérait comme une de celles qui l’avaient le plus marqué dans sa jeunesse. Durée 12 minutes

Le concerto pour piano N° 2

Le Concerto pour piano N° 2 en ré mineur op. 40  est une des plus belles  pages concertantes et des plus fraiches de tout le répertoire romantique. Elle a été composée par Felix Mendelssohn et créée par lui  au festival de musique de Birmingham en 1837. Sa durée d’exécution est d’environ vingt-trois minutes. La composition suit de peu le mariage de Mendelssohn, en mars 1837, avec Cécile Jeanrenaud : il s’agit d’une période très heureuse pour le compositeur, et cette partition brillante en porte la trace. Son épouse, d’ailleurs, ne se lassait pas d’entendre le final presto scherzando, rapide comme en plaisantant, de ce concerto pétillant  qui, disait-elle lui portait bonheur. La partition est très difficile  d’exécution et demande un virtuose rompu à toutes les nuances du digitalisme le plus spectaculaire.

La Symphonie écossaise

En deuxième partie Lars Vogt dirigera la  somptueuse Symphonie Ecossaise. Là encore c’est une œuvre que l’on entend rarement  à cause de sa difficulté d’exécution. La composition commence dès 1829, lors du voyage du jeune compositeur en Écosse, et peu de temps avant que Berlioz ne donne sa Fantastique. Elle se déploie dans une orchestration rutilante  en quatre grands mouvements : Allegro agitato /Vivace non troppo / Adagio / Allegro guerriero, mais avec mise en valeur du Scherzo (le Vivace) en deuxième position. L’œuvre s’ouvre par une introduction lente (Andante con moto) et se referme sur une conclusion des plus grandioses, franchement spectaculaire (Allegro maestoso) ; ce qui porte le nombre de ses mouvements, aux caractères nettement différenciés, à six. Mais plus significatif encore, Mendelssohn demande au chef d’orchestre d’enchaîner les mouvements sans arrêt, comme si la symphonie était en un seul mouvement. Preuve encore de la visée unificatrice qui la détermine. Il sera donc recommandé  de n’applaudir qu’à la fin. Durée 45 minutes

Le sens de l’œuvre

Le thème fut inspiré à Mendelssohn par la visite du palais en ruine de Marie-Stuart : « Dans le sombre crépuscule, nous nous sommes rendus au palais où la reine Marie a vécu et aimé. C’est devant l’autel écroulé que Marie fut couronnée reine d’Écosse. Là tout n’est que ruine et pourriture, et au-dessus plane le ciel serein. Je crois avoir trouvé aujourd’hui le début de ma symphonie écossaise ». La Symphonie dédiée à la Reine Victoria fut créée en 1842 à Londres. Elle décrit la fugacité de la vie, la force du destin des grands comme des petits et l’irremplaçabilité du bonheur passé.

Jean François Principiano

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